En bref
Deux documents permettent d'anticiper la perte de discernement d'un parent âgé — et ils ne font pas la même chose :
- Le mandat pour cause d'inaptitude (MCI) désigne qui gérera ses affaires et sa représentation (administratif, finances, logement, soins de la personne).
- Les directives anticipées (DA) disent quels soins médicaux il accepte ou refuse s'il ne peut plus s'exprimer (traitements, réanimation, fin de vie).
Ce ne sont pas des alternatives : la plupart des familles ont besoin des deux. Tous deux relèvent du droit fédéral (Code civil, art. 360 et suivants) — identiques dans toute la Suisse. Seule la mise en œuvre est locale : à Genève, c'est le Tribunal de protection de l'adulte et de l'enfant (TPAE) qui valide le mandat et intervient si rien n'a été préparé. Et c'est là le point crucial : une fois le discernement perdu, il est trop tard pour rédiger l'un ou l'autre.
Mandat ou directives : lequel fait quoi ?
| Mandat pour cause d'inaptitude (MCI) | Directives anticipées (DA) | |
|---|---|---|
| À quoi ça sert | Désigner qui gère les affaires et la représentation | Consigner ses souhaits de soins médicaux |
| Couvre | Administratif, banque, impôts, logement, courrier, soins de la personne | Traitements acceptés/refusés, réanimation, fin de vie |
| Base légale | Code civil art. 360 ss (forme : art. 361) | Code civil art. 370–371 |
| Forme exigée | Olographe (tout manuscrit, daté, signé) ou notarié | Écrit, daté et signé (un formulaire reconnu suffit) |
| Qui agit | Le mandataire que vous avez désigné | Le médecin, guidé par vos volontés et votre représentant thérapeutique |
La règle simple : le MCI répond à « qui décide et gère ? », les DA répondent à « quels soins ? ». C'est pourquoi il faut généralement les deux — l'un ne remplace pas l'autre.
Comment rédiger un mandat pour cause d'inaptitude valable
C'est ici que beaucoup de familles se trompent. Le MCI obéit à une forme stricte (Code civil art. 361). Pour être valable, il doit être :
- soit entièrement écrit à la main, daté et signé par la personne (mandat olographe) ;
- soit établi devant notaire (forme authentique).
⚠️ Un mandat tapé à l'ordinateur puis simplement signé n'est PAS valable. C'est l'erreur la plus fréquente — et elle ne se découvre souvent qu'au pire moment, quand le document doit produire effet.
Un MCI bien rédigé précise aussi :
- l'étendue des pouvoirs — gestion du patrimoine, soins de la personne, représentation juridique, banque, courrier : à détailler explicitement ;
- un mandataire suppléant, au cas où le premier choix serait empêché ou décéderait ;
- où se trouve le document — un mandat introuvable est inutile (voir l'enregistrement ci-dessous).
Ce qui se passe à Genève, étape par étape
- Anticiper, tant que la personne a son discernement. Rédiger le MCI (affaires + soins de la personne) et les DA (soins médicaux). C'est la seule fenêtre possible.
- Conserver et signaler. Indiquer l'existence et le lieu de dépôt des documents : proches, médecin traitant, notaire, carte d'assuré. À Genève, on peut inscrire l'existence du MCI au registre de l'état civil (Infostar, env. CHF 75).
- En cas de perte de discernement, le TPAE :
- vérifie systématiquement s'il existe un MCI et/ou des DA ;
- si oui, valide le mandat (capacité à la rédaction, forme légale, aptitude du mandataire) — le mandataire entre alors en fonction ;
- sinon, met en place des mesures de plein droit ou une curatelle.
Le MCI ne s'active pas automatiquement : il faut le passage devant le TPAE pour qu'il produise effet. C'est précisément pour cela qu'il doit être retrouvable le jour J.
Et si rien n'a été préparé ? (mesures de plein droit, curatelle)
Sans MCI ni DA, on subit le dispositif au lieu de le choisir :
- [Fédéral] Mesures de plein droit : pour les actes courants, le conjoint ou le partenaire enregistré peut représenter la personne sans décision de l'autorité (Code civil art. 374 ss). C'est utile, mais limité aux affaires ordinaires — et inexistant pour un parent veuf, divorcé ou célibataire.
- [Fédéral / Genève] Curatelle : pour le reste, le TPAE ordonne une curatelle sur mesure, calibrée selon les besoins (du simple accompagnement à la représentation avec gestion du patrimoine). C'est une procédure plus lourde, plus lente, qui implique un curateur — parfois externe à la famille — et un contrôle régulier du tribunal.
Autrement dit : anticiper, c'est garder la main. Le MCI permet de désigner soi-même qui gérera ses affaires ; à défaut, c'est le tribunal qui décide.
Un bouclier contre les abus financiers
La protection juridique ne sert pas qu'à la logistique : MCI et curatelle sont aussi un rempart contre les abus financiers, fréquents envers les aînés isolés ou fragilisés cognitivement. Quelques signaux d'alerte :
- retraits ou virements inexpliqués, comptes qui se vident ;
- apparition de « nouveaux amis » très présents, ou d'un proche qui isole la personne ;
- changement soudain de testament, de procuration ou de bénéficiaire ;
- factures impayées alors que les ressources existent, courrier détourné.
En cas de soupçon à Genève, on peut signaler la situation au TPAE (par écrit, idéalement avec certificat médical) ; une curatelle de gestion peut être ordonnée. Au niveau national, la ligne « Vieillesse sans violence » — 0848 00 13 13 (qui oriente vers alter ego en Suisse romande) accueille les situations de maltraitance physique, psychologique, financière ou de négligence.
Pièges fréquents
- Attendre la crise. Après un AVC ou une démence avancée, le discernement est perdu : on ne peut plus rédiger ni MCI ni DA. C'est la fenêtre à ne pas manquer.
- Rédiger un MCI non conforme. Tapé à l'ordinateur et signé ≠ valable. Il faut l'olographe (tout manuscrit) ou le notaire.
- Confondre MCI et DA. L'un gère les affaires, l'autre les soins médicaux : il faut souvent les deux.
- Oublier le mandataire suppléant ou ne pas préciser l'étendue des pouvoirs (santé, biens, courrier, banque).
- Ne pas dire où se trouve le document. Un MCI introuvable ne sert à rien — d'où l'intérêt de l'inscrire à l'état civil et d'en informer les proches.
Ressources utiles (Genève)
- Protection de l'adulte — anticiper (portail GE) : ge.ch — anticiper
- Le mandat pour cause d'inaptitude (MCI) : ge.ch — MCI
- Inscrire un MCI à l'état civil (Infostar, env. CHF 75) : geneve.ch — inscrire un MCI
- Les curatelles : ge.ch — curatelles
- TPAE — Tribunal de protection de l'adulte et de l'enfant : justice.ge.ch — TPAE · Rue des Glacis-de-Rive 6, 1207 Genève · 022 327 69 30
- Maltraitance — ligne « Vieillesse sans violence » : 0848 00 13 13 (alter ego)
💡 Mettre ces documents en place sans se tromper de forme — c'est exactement ce que nous prenons en charge dans le cadre du Bilan Famille — Soins & Administratif : nous faisons le point sur ce qui existe déjà, ce qui manque (MCI, directives anticipées, désignation du mandataire), et nous vous remettons une marche à suivre claire, orientée vers le notaire ou le TPAE selon votre situation.
Sources
- État de Genève — Le mandat pour cause d'inaptitude (MCI) (forme olographe/authentique, validation par le TPAE) : ge.ch — MCI — consulté le 2026-06-24
- État de Genève — Mesures appliquées de plein droit (représentation par le conjoint/partenaire) : ge.ch — mesures de plein droit — consulté le 2026-06-24
- État de Genève — Les curatelles : ge.ch — curatelles — consulté le 2026-06-24
- Code civil suisse — MCI art. 360 ss (forme art. 361), directives anticipées art. 370–371, mesures de plein droit art. 374 ss — consulté le 2026-06-24
- Pouvoir judiciaire GE — TPAE (adresse, 022 327 69 30) : justice.ge.ch — TPAE — consulté le 2026-06-24
- État de Genève — Inscrire un mandat pour cause d'inaptitude (Infostar, env. CHF 75) : geneve.ch — consulté le 2026-06-24
- alter ego — maltraitance des personnes âgées (ligne 0848 00 13 13) : alter-ego.ch — consulté le 2026-06-24
